La chute du mur de Berlin : "un bonheur extravagant"
Par Le Mouvement Démocrate de Boulogne-Billancourt le Lundi 9 novembre 2009, 11:30 - Lien permanent
Samedi dernier, le mouvement européen organisait à Suresnes une journée de colloque autour de la commémoration de la chute du mur de Berlin.
La réunion d'ouverture traitait de la portée historique de la chute du mur de Berlin. Pour Daniel Henri, co-rédacteur du manuel d'histoire franco-allemand, la chute du mur de Berlin peut constituer un évènement commémorable à l'image de la prise de la Bastille car il peut susciter l'émotion et rassembler les générations. C'est un évènement universel : l'effondrement de la dernière utopie universelle héritée du 19ième siècle.
Pour Lucas Macek, professeur tchèque, la chute du mur n'est pas qu'un symbole. Elle a changé la vie de millions de personnes. "Je ne serais pas là si le mur n'était pas tombé". C'est la fin d'un totalitarisme sur lequel certains français lui semblent parfois trop complaisants. A l'est du mur, on vivait dans la peur et sans espoir de changement. La liberté reste un bien inestimable, même si c'est parfois plus difficile. Il ne faut jamais oublier que si certains pays n'ont pas fait partie des pères fondateurs de l'Europe c'est qu'ils n'ont pas pu. Pour Jean-Noël Jeanneney, historien, trois modèles ont dominé le monde européen. Le modèle césarien avec l'unité par la conquête (Charlemagne, Napoléon et.. Hitler). Le modèle metternichien avec le concert des nations visant à éviter la "guerre civile de l'Europe" ; ce modèle basé sur le compromis ne comporte aucune ambition collective et est voué à l'échec. Enfin le modèle européen de nations qui s'élèvent au dessus d'elles-mêmes pour construire quelque chose ensemble.
Sylvie Goulard, présidente du mouvement européen et députée européenne élue sur une liste Modem, a conclu en rappelant la nécessité de donner à l'Europe une tonalité affective. Elle a ensuite appelé à se méfier du débat sur l'identité nationale afin de ne pas glisser de l'attachement légitime à une nation à un sentiment de supériorité destructeur. Pour faire vivre l'Europe, chacun doit faire des efforts vers l'autre et l'Europe, c'est d'abord l'union dans l'adversité.
La première table ronde a posé la question de l’Allemagne post-réunification et du décalage de développement entre les landers de l’ex-RDA et l’ancienne Allemagne de l’Ouest. Elle a réuni Jessica Camba, vice-présidente du ME International, née en RFA, Denis Badré sénateur-maire MoDem de Ville d’Avray et vice-président du ME France et Martina Weyrauch directrice de l’Agence régionale du Brandebourg pour la formation politique.
Cette table ronde a permis de mieux appréhender la complexité de l’Allemagne avec certes des différences Est-Ouest, mais également Nord-Sud entre les landers « prussiens » et la Bavière par exemple. L’intervention de Martina Weyrauch a en particulier apporté une très intéressante vision de l’évolution des « allemands de l’est » entre leurs espoirs après la chute du mur, et la réalité sociale d’une Allemagne en proie elle aussi à la crise.
Après la pause-déjeuner, la deuxième table ronde nous a fait entrer au cœur des négociations « 2+4 » qui ont présidé à la réunification allemande. Au lendemain de la chute du mur, et en seulement sept mois, les deux Allemagne et les quatre « puissances occupantes », Union soviétique, Etats-Unis, France et Grande-Bretagne ont traité un par un les différents questions de politique étrangère soulevées par cette réunification. Les plus importantes, les plus délicates ont été celles de la frontière avec la Pologne (ligne Oder-Neisse) et de l’appartenance à l’OTAN de l’Allemagne réunifiée.
Reinhard Schäfers, actuel ambassadeur d’Allemagne en France était à l’époque en poste à l’ambassade de RFA en URSS. Il a vécu depuis Moscou la difficile négociation menée par un Gorbatchev qui cherchait avant tout à préserver l’unité de l’URSS. Bertrand Dufourcq, ambassadeur de France était quant à lui chef de la délégation française pendant les négociations. Il nous a fait un récit passionnant de ce qu’ont pu être, à tel ou tel moment, les positions, les états d’âme, les agacements, les compromis qui ont conduit à une réunification pacifique dans une Europe restée en paix. Enfin Tilo Schabert nous a apporté sa vision d’historien allemand sur ces quelques mois qui ont conduit à la réunification.
La troisième table ronde a fait le lien entre la réunification allemande et la réunification de l’Europe en posant la question de l’élargissement de l’Union Européenne. Jan Tombiski, ancien ambassadeur de Pologne en France et actuel représentant de son pays au Conseil de l’Union Européenne, nous a apporté la vision d’un pays d’outre « rideau de fer ». Pour ces pays, l’élargissement a été très long : plus de quatorze ans. Pour lui, il ne faut pas avoir peur de l’élargissement, même à l’Ukraine ou à la Turquie. Philippe Perchoc, président de Nouvelle Europe et Christian Wenkel de l’Institut historique allemand à Paris nous ont quand à eux apporté l’éclairage sur l’élargissement vu du coté « Europe des douze ».
Lors de la séance de clôture, les intervenants se sont interrogés sur ce qu’il restait des espoirs et des attentes de 1989, et sur ce que devrait être l’Europe dans vingt ans. Gunnar Lund, ambassadeur de Suède à Paris, a indiqué que maintenant que le Traité de Lisbonne était ratifié, qu’il entrerait vraisemblablement en vigueur le 1er décembre, l’Union Européenne sortait d’une décennie de négociations sur les institutions. Commencée en 1999 avec les négociations pour le Traité de Nice, poursuivie par l’échec du Traité constitutionnel, le travail institutionnel trouvait, non sans mal, sa conclusion provisoire dans le Traité de Lisbonne. L’Union Européenne va pouvoir maintenant reprendre sa marche en avant, se fixer des objectifs plus en phase avec les souhaits des citoyens et se tourner vers l’avenir.
Nicolas Jean, président des Jeunes Européens – France, a indiqué les grands défis qui attendaient l’Europe : continuer l’intégration des pays membres et des pays candidats, devenir un des pôles importants du monde, capable de traiter à niveau avec la Chine, l’Inde, la Russie, les Etats-Unis, le Brésil, prendre à bras le corps les problèmes environnementaux.
Enfin, Denis Badré à synthétisé les débats en posant que la chute du mur avait surtout permis la réunification de l’Europe, que les moyens que nous donnait maintenant le Traité de Lisbonne nous permettait de nous tourner avec optimisme vers l’avenir et qu’il fallait que l’Europe se consacre à sa tâche la plus importante : le développement. Le sien et celui du reste du monde.

Commentaires
juste un peti mot pour te dire que tu gagnerais à être reconu par tous !